Manipulation ostéopathiqueExtrait en grande partie de « Manuel d’Ostéopathie », W.Langer et E.Hebgen, 2016, chez Maloine Editions. 

« Je ne suis pas malade car j’ai une angine, mais j’ai une angine car je suis malade ! » : cette phrase d’un philosophe exprime en quelques mots la façon de penser de l’ostéopathie.  La première partie de la phrase rappelle beaucoup la vision de la médecine classique : « Je suis malade car j’ai une angine ». Un germe quelconque est à l’origine de mon problème de gorge. La réaction normale est d’identifier et de combattre le germe. Cette procédure médicale est également appelée l’allopathie. Le médecin se charge pour ainsi dire de la fonction de lutter contre l’agresseur.

Mais si je pars du principe que l’agresseur m’a créé un problème car mon organisme ne fonctionne quelque part pas correctement, « car je suis malade », alors la mission du médecin sera de trouver et de corriger la dysfonction. Ce n’est qu’ainsi que le patient pourra mobiliser toutes ses forces autorégulatrices afin de rétablir son équilibre et son harmonie avec la nature. […] La globalité signifie que l’Homme doit être observé comme un individu dans son environnement et en particulier dans le cadre de sa communication avec l’environnement. […] : l’alimentation, les stimuli physiques ou des facteurs psychoémotionnels auront un effet sur notre être par contact cellulaire direct ou des stimuli nerveux afférents.

Historiquement, les fondateurs sont Andrew Taylor Still (1828-1917), John Martin Littlejohn (1865-1947) et William Garner Sutherland (1873-1954).

Le Qi des chinois, le Ki des Japonais, le Prana de la médecine ayurvédique et le principe mercurique de la médecine occidentale cadrent dans leurs principes vitalistes avec l’idée de Still du mouvement comme activation de la matière. On raconte d’ailleurs qu’il soigna de la dysenterie des enfants en 1874 en rétablissant simplement une bonne circulation énergétique, sans autre manipulation osseuse ou apport médicamenteux. Il fonda donc les principes fondamentaux de l’ostéopathie sur le fait que l’état de santé se maintient tant que les fluides corporels s’écoulent normalement et qu’il existe une activité nerveuse normale. Still voyait la maladie comme causée par un obstacle à cet écoulement normal des fluides corporels ou à l’activité nerveuse normale. L’environnement, le comportement, des facteurs sociaux et mentaux participent à la survenue de la maladie. Still faisait reposer sa philosophie sur des concepts mécaniques, énergétiques et spirituels. Il partait du principe qu’un bon alignement des os suffisait à rétablir la santé globale.

Littlejohn, quant à lui, a installé l’ostéopathie sur une base plus scientifique, essentiellement sur la physiologie mais aussi sur la psychopathologie qui l’intéressa beaucoup à la fin du 19e siècle. A la différence de Still, il écarta toute base métaphysique de sa pratique et pensait que la seule élimination chiropratique des dysfonctions des articulations ne corrigeait pas la lésion corporelle et que les différentes dysfonctions locales et les organes touchés devaient être cordonnés « The principle of osteopathy is not bone adjustment but body adjustment ».

Sutherland étudia à l’origine avec Still et fut un des enseignants de son école à une période où Littlejohn étudiant aussi dans l’école. L’influence de Sutherland sur l’avancée de l’ostéopathie se situe essentiellement sur la description fine de toutes les articulations des membres et du rachis au moyen de techniques directes et principalement indirectes mais aussi sur les mouvements crâniens. Influencé par la pensée d’Emanuel Swedenborg, scientifique et philosophe suédois, Sutherland résuma son concept crânial en cinq principaux points qui représentent la base du mouvement respiratoire primaire (MRP) : Le cerveau et la moelle spinale possèdent une mobilité inhérente, il y a une fluctuation du liquide cérébrospinal. Il y a une mobilité de membranes de tension réciproques, les os du crâne ont une mobilité articulaire et le sacrum bouge de manière involontaire entre les deux os iliaques. A la fin de sa vie, Sutherland s’orienta davantage vers le spirituel, le « breath of life », selon lui, se diffusait dans le liquide cérébrospinal.

Aujourd’hui, l’ostéopathie attache une attention particulière à l’anatomie. Une étude intensive des tissus, des muscles et des articulations, mais aussi du tissu conjonctif et des organes, est indispensable pour les ostéopathes afin d’apprendre où poser la main pour une palpation précise. Des connaissances sur le trajet exact des vaisseaux et des nerfs sont nécessaires pour les techniques manuelles d’examen et de traitement. Afin d’avoir une connaissance ostéopathique et une analyse correctes d’un patient, il est essentiel pour l’ostéopathe de maitriser la biomécanique de l’appareil locomoteur. De nombreuses techniques proviennent de différents domaines de la médecine, la kinésithérapie, la chiropraxie, ma médecine manuelle, etc. Pour autant, c’est aussi une forme de philosophie de la globalité et de l’autorégulation (à l’image du concept d’autopoièse de Francisco Varela), le système ignore la cause qui l’engendre et la cause ignore le symptôme qu’elle va engendrer). L’ostéopathie est aussi évidemment une science mais aussi un traitement. Enfin, on peut la voir comme un chemin de la conscience. Une invitation à exister pleinement et à « être ».