bourgeonC’est un médecin belge, le Docteur Pol Henry (1918-1988), qui a créé la phytoembryothérapie. Il a publié les résultats de ses recherches en phyto-embryologie dans les années 60. Au cours des années 1970, l’homéopathe Max Tétau (1927-2012) rebaptise la « phytoembryothérapie » en « gemmothérapie », appellation maintenant reconnue et acceptée. La discipline ne change pas seulement de nom, mais intègre des principes qui la rapprochent des théories et des méthodes propres à l’homéopathie.

Souvent appelée « la médecine des bourgeons », la gemmothérapie fait partie de la famille des phytothérapies, lesquelles proposent de prévenir et de traiter une variété de problèmes de santé à l’aide des végétaux, notamment les problèmes d’allergie et d’articulation. Elle est également très adaptée pour réguler le stress et pour son action immunostimulante.

En résumé

Du latin gemme, qui signifie à la fois bourgeon et pierre précieuse, la gemmothérapie utilise exclusivement les tissus embryonnaires frais des plantes, arbres et arbustes. Les bourgeons posséderaient certaines propriétés thérapeutiques supérieures à celles des diverses parties de la plante mature. Les bourgeons cueillis juste avant leur éclosion, les radicelles, l’écorce des jeunes rameaux et les jeunes pousses sont composés de tissus embryonnaires en plein développement. Ils renferment tout le potentiel évolutif de la plante, sa survie, son adaptabilité au milieu et une énergie que le corps humain est capable d’utiliser.

Le pouvoir des tissus embryonnaires

Leur composition est riche en acides nucléiques et hormones de croissance. Ils contiennent également des vitamines, des oligo-éléments et des minéraux. Toutes les espèces d’une même famille ne possèdent pas les mêmes propriétés. Un exemple courant est le tilleul, dont la variété Tilia tomentosa est pharmacologiquement la plus active. Sa propriété sédative est liée à la fleur, mais ses propriétés dépuratives et diurétiques dépendent du bois de l’arbre, l’aubier. Les adeptes de la gemmothérapie parlent de la « globalité » du bourgeon. Le tissu embryonnaire offrirait non seulement une teneur supérieure en composés actifs, mais un spectre d’action beaucoup plus vaste que chacune des parties de la plante prises isolément. Cependant, le bourgeon ne présenterait pas toujours toutes les propriétés de la plante. Par exemple, le bourgeon de la framboise ne possède pas la forte teneur en vitamine C du fruit mûr.

Par exemple, le bourgeon d’aubépine, plante fréquemment utilisée en gemmothérapie, posséderait à la fois les propriétés du fruit et de la fleur (respectivement une action sur le muscle cardiaque et une action sur le rythme cardiaque). Intéressant également, le bourgeon de tilleul combinerait les vertus calmantes associées à la fleur de cet arbre, et les propriétés dépuratives et diurétiques de l’aubier, la partie tendre et blanchâtre qui se forme chaque année entre le bois dur et l’écorce.

Macérât ou dilution ?

Afin de rendre cette phytothérapie embryonnaire plus efficace, il est préférable d’utiliser le macérât glycériné concentré, ou macérât mère. Le processus de fabrication du macérât glycériné est semblable à celui des teintures-mères. Les bourgeons sont mis à macérer dans un mélange eau-glycérine-alcool pendant 21 jours, puis filtrés. Le macérât de bourgeons est cependant moins concentré que la teinture (20 pour 1 plutôt que 10 pour 1). On le consomme habituellement dilué dans un peu d’eau. La posologie varie selon le produit. En général, on prend de 5 à 15 gouttes par jour (en une seule dose ou à raison de deux ou trois par jour).

L’eau a toute son importance dans l’extraction des principes actifs et la transmission de l’information énergétique du bourgeon. On pourra probablement relier ces informations aux recherches de Benveniste et aux principes mêmes de l’homéopathie. Les principes actifs des végétaux vont y être concentrés. Leurs vertus thérapeutiques varient, selon la plante dont ils proviennent : le sapin contre la toux, le cassis pour l’énergie, l’aubépine pour le cœur... A noter que plusieurs produits issus de la gemmothérapie auraient en commun des propriétés diurétiques, de drainage ou de détoxication.

On retrouve ensuite deux écoles de pensée quant à la préparation des produits de gemmothérapie. La première privilégie l’utilisation directe des macérât, la seconde préconise une dilution préalable, de type homéopathique. Toutes deux sont liées au développement historique de l’approche.

Ainsi, la plupart des laboratoires commercialisent aujourd’hui les extraits de bourgeons sous la forme 1D, c’est-à-dire une solution dix fois plus diluée que le macérât original. Autre distinction : la préparation de départ ne comprend pas d’eau. Les bourgeons sont mis à macérer dans l’alcool et la glycérine seulement, ce qui va à l’encontre des préceptes du Dr Henry voulant que l’eau soit essentielle à l’extraction des éléments actifs de la plante.

Bien qu’elle s’inspire de l’homéopathie, la préparation 1D n’est pas, à proprement parler, une solution homéopathique. D’une part, elle reste assez concentrée, c’est-à-dire qu’elle contient encore beaucoup d’éléments actifs et non pas seulement les simples « vibrations » propres aux solutions homéopathiques. D’autre part, la fabrication de la 1D ne comporte normalement pas de dynamisation, le procédé d’agitation de la solution, essentiel à l’homéopathie.

Les partisans de la recette originelle, dont l’auteur et botaniste Philippe Andrianne, rejettent la solution 1D. Ils la considèrent, notamment, comme moins pratique. Le nombre de gouttes étant en fonction de la dilution, il faudrait en prendre jusqu’à plus d’une centaine par jour !

Chez les adeptes de la solution 1D, on met en avant l’innocuité. Selon eux, comme elles sont plus diluées, ces préparations s’avéreraient moins dangereuses pour les personnes qui pourraient se montrer intolérantes au produit…

Exemple du cassis

Le produit phare de la gemmothérapie reste le bourgeon de cassis Ribes nigrum pour son action anti-inflammatoire et immunostimulante dont l’usage est multiple. L’étude du bourgeon de cassis a révélé une importante activité anti-inflammatoire liée à une stimulation de la corticosurrénale avec une augmentation du taux de cortisone intrinsèque. Son utilisation contre les douleurs articulaires et rhumatismales est par ailleurs bien connue. Le bourgeon contient aussi des flavonoïdes, excellents veinotoniques qui améliorent la microcirculation. On l’utilise à cet effet dans le traitement des jambes lourdes et la fragilité capillaire. L’action anti-inflammatoire couplée à une action diurétique et drainante des déchets de l’organisme permet aussi de conseiller le cassis en traitement de fond de la goutte. Chez le patient allergique (rhume des foins, traitement de fond de l’asthme, rhinite allergique), l’activité assez proche de celle de la cortisone permet de limiter l’emploi des médicaments anti-histaminiques et des corticoïdes.